Automobilistes et cyclistes : cohabiter, plus que jamais

C’est un constat que l’on pourrait faire pour n’importe quelle situation problématique : vivre la “vie” de l’autre, prendre du recul, avoir de l’empathie et comprendre les spécificités de chacun et chaque “camp” favorisent le”vivre ensemble” et le partage. Et c’est particulièrement vrai sur la route, où les conflits, prises de tête et parfois accidents sont entraînés par une incompréhension de l’autre.

Vélo et voiture vont devoir apprendre à cohabiter

Avec la crise, les sondages l’ont déjà montré, les Français vont bouder les transports en commun dans les grandes villes. Combien de temps cela va-t-il durer ? Difficile à dire, mais cela favorise pour l’instant la filière du cycle, puisque les intentions de prendre le vélo ont plus que doublé (de 4 à 9 %). Le gouvernement ne s’y est d’ailleurs pas trompé puisqu’il a annoncé la mise en place d’une “Académie des métiers du vélo” pour former du monde, notamment pour l’après-vente avec des mécaniciens spécialisés.

Faire du vélo, ça ne s’oublie pas, mais ça s’apprend en permanence. Savoir pédaler est une chose, mais maîtriser son vélo, notamment en ville, requiert parfois des qualités d’équilibriste, d’autant plus avec des vélos électriques pas toujours légers ni réactifs.

Les angles morts d'un camion sont très nombreux !
Les angles morts d’un camion sont très nombreux !


Avec tous ces nouveaux cyclistes (supposés) à venir, ce sont les automobilistes qui vont devoir redoubler de vigilance. Mais cela ne dédouane pas non plus le cycliste de respecter le Code de la route et d’être très vigilant. Ne pas rouler trop près des voitures stationnées sur le bord de la route (au cas où un conducteur ouvrirait sa portière sans jeter un oeil dans le rétroviseur), ne pas zigzaguer entre les voitures en ville, ne pas rouler sur les trottoirs, respecter les feux tricolores (sauf lorsqu’il est fait mention d’une “permission” de glisser le rouge pour les cyclistes), faire attention aux angles morts des autres véhicules (surtout des camions !), les cyclistes ont aussi des devoirs. Pour les autres, et pour qu’ils restent eux-mêmes en vie.

Au Royaume-Uni, des automobilistes et cyclistes ont été invités à faire une tournée en camion pour se rendre compte de la difficulté de la vision périphérique de ces véhicules. Une courte virée avec un chauffeur leur a permis de vite réaliser à quel point l’entente dépendait du savoir-vivre de chacun et du placement sur la route…

Il n’y a pas de “bons” et “mauvais” camp

Rares sont mes confrères journalistes automobiles à pratiquer régulièrement le vélo comme loisir, et pas “juste” pour aller travailler. Mais lors de nos discussions sur le sujet, il ressort une tendance claire : il est plus facile de cohabiter lorsque l’on vit les deux situations. Je ne compte personnellement plus le nombre de fois où des automobilistes m’ont frôlé à 90 km/h ou plus sur une route déserte, alors que je roulais seul, collé sur le bord droit de la route.

Avec le recul, je me dis que c’est d’ailleurs une erreur de rouler comme cela : raser la bordure de la route (cela part d’un bon sentiment, à savoir gêner le moins possible les usagers de la route) semble encourager certains à ne pas s’écarter. Et avec 10 cm de dégagement sur la droite avant le fossé, le droit à l’erreur (surtout à plus de 40 km/h sur des pneus de 2,5 cm de large) est proche de zéro, les protections chez les cyclistes routiers étant minimes en dehors du casque.

En passant du cintre de vélo au volant, il y a aussi de drôles de constats à faire dans l’autre camp. Etant cycliste, je roule beaucoup, par tout temps, que ce soit sur route ou en montagne. Mais les accrochages verbaux avec mes pairs cyclistes alors que j’étais au volant prouvent que tout n’est pas rose chez les apprentis “Chris Froome”.

Il m’est arrivé d’avoir de belles prises de tête avec des groupes de coureurs qui roulaient à 3 de front, en peloton massif, et qui ne voulaient rien savoir. Il faut leur rappeler la loi : pas plus de 2 de front, et pas de peloton de plus de 20 coureurs, pour ne pas engendrer de dépassements trop longs et dangereux des voitures. Malheureusement, les plus réfractaires et têtus ne veulent souvent rien savoir. Ils ont beau prendre eux aussi le volant (et donc être potentiellement embêtés par d’autres cyclistes comme eux…), les “cons” resteront des “cons”, ainsi va la vie.

Quand on arrive en ville…

Il y a clairement deux types de profils : le cycliste “loisir”, dont la démarche est totalement volontaire et pas motivée par un besoin particulier si ce n’est de pédaler, faire du sport et prendre du plaisir. Celui-là fuira la plupart du temps les villes. Puis vient le cycliste qui se sert du vélo comme d’un moyen de déplacement pour son travail, motivé par des raisons pratiques. Les deux ne sont évidemment pas incompatibles. 

Les citadins, qu’ils soient lillois, strasbourgeois, bordelais, nantais ou marseillais, vont pour certains abandonner bus, métro et tram par peur du virus et de la contagion, (re)découvrant les joies (et galères) du vélo. Double choc : adopter (ou reprendre) des habitudes sur un vélo, et se confronter à la jungle urbaine, impitoyable.

Le genre de piste cyclable impraticable. (Source : Google Maps)
Le genre de piste cyclable impraticable. (Source : Google Maps)


Les maires de certaines grandes villes, à commencer par Anne Hidalgo, songent à des plans d’urbanisme ressemblant à celui d’Amsterdam. Même si les passionnés de vélos rêvent d’une ville que l’on pourrait traverser à toute allure à la pédale sans crainte de se faire percuter, il faut se rendre à l’évidence : c’est illusoire, et ce serait même une mauvaise chose.

D’abord parce que les infrastructures sont souvent inadaptées : piste cyclable très étroite, discontinue, absente ou bien en mauvais état. Mais qu’importe : qu’elles soient praticables ou pas, cela fait des portions supplémentaires de pistes cyclables dans les bilans, les maires pouvant ensuite se vanter d’avoir X km de voies réservées aux vélos, et faire plaisir aux électeurs (c’est bon à prendre en période électorale).

Ensuite parce que le Français n’est pas hollandais, question de culture : se lever à 6h00, en plein hiver, et voir la pluie tomber ou les températures négatives n’effraient pas les Néerlandais, mais le Français (pas tous, ceci dit) préfèrera certainement ce jour là prendre le métro ou la voiture. Même chose en été par 35°, évidemment. Et tout le monde n’habite pas non plus dans une ville ou une région où le dénivelé le plus important se limite à grimper les escaliers pour accéder au bureau. Encore une fois, le cas hollandais (pays totalement plat) n’est donc pas forcément un exemple facile à reproduire.

Enfin, et surtout, parce que l’automobile reste un outil indispensable pour une très large partie des Français, y compris citadins, qui doivent aller embaucher chaque matin. Même si la voiture s’apprécie avant tout en dehors des villes et métropoles, elle est indispensable à bon nombre de citadins. Nous n’aurons donc pas le choix : s’il doit y avoir beaucoup plus de vélos sur la route dans les prochains mois parce que les transports en commun effraient ceux qui craignent les maladies, nous devrons cohabiter sur la route. 

La Sécurité routière

La sécurité routière est évidemment un vrai problème avec le partage de la route. L’an dernier, déjà, les chiffres étaient sans appel : la part des cyclistes dans la mortalité routière était en hausse. Depuis 2010, la part des vélos dans les morts augmente de 2,5 % par an en moyenne quand la mortalité des automobilistes diminue de façon quasi constante. 

Problème de comportement des cyclistes, ou bien conduite irresponsable des automobilistes ? Sûrement un peu des deux. Dans le domaine, les coureurs professionnels ont une image à donner. Mais pas celle affichée par Rick Zabel, partageant une vidéo d’entraînement sur route ouverte dans laquelle le coureur frôle une voiture dans un virage à l’aveugle, à plus de 80 km/h. L’intéressé s’est par la suite rapidement excusé, comprenant que ce n’était pas le genre d’attitude qui allait améliorer le partage entre automobilistes et cyclistes…

Certaines associations auront malheureusement vite fait de tirer des conclusions et de mettre les mauvais chiffres d’un mois ou deux sur le compte de la voiture, sans forcément prendre de recul. Et avec les conséquences qui suivent : réglementation plus stricte, climat autophobe aggravé, vitesses toujours plus faibles. Récemment, le déconfinement a été l’occasion pour certains maires de baisser la limitation à 20 km/h en ville, avec priorité totale des piétons. Cela commence à faire beaucoup pour la voiture qui doit déjà s’adapter à bien des problématiques : sécurité, écologie, prix…

Tout n’est donc pas rose, mais avec un peu de bonne volonté, il sera possible de faire cohabiter la voiture et le vélo à peu près partout, pour peu que l’on fasse preuve de civisme, dans les deux camps. Mes confrères journalistes automobiles qui enfilent les chaussures à cales la semaine et le week-end après une journée au volant d’une nouveauté à quatre roues sont la preuve que l’on peut aimer passionnément la voiture et le vélo. Oui, tout comme l’on peut aimer le vin et la bière, les SUV et les coupés. Et tout faire pour que vélos et voitures cohabitent au mieux, histoire que l’on puisse continuer d’éprouver cette liberté au guidon ou au volant encore de nombreuses décennies.

Et puis, faut-il le rappeler : le vélo et la voiture sont étroitement liés, certains constructeurs ont produit des bicyclettes avant même de se mettre à l’automobile, tandis que la petite reine, elle, est bien heureuse d’avoir le soutien de l’automobile sur les évènements sportifs. Les deux mondes ne sont donc pas si antinomiques…

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