Chronique du déconfiné 1 – Ou le GPS et le road-book sont parfois les faux amis de l’essayeur

Paré pour l’aventure, taillé pour tracer la route. Au jour J, le confiné s’est déconfiné. Ce qui dans son cas, a consisté à grimper dans son auto. Mais comme toute grande aventure, celle-ci se prépare minutieusement. Une vérification des pneus, de la batterie, des fluides, du niveau de carburant, des essuie-glaces, de la clim, de l’autoradio, des clignotants : son compte est bon. Ne pas oublier pour autant d’embarquer une couverture de survie, de quoi se nourrir pendant plusieurs jours et de quoi s’hydrater en attendant que les secours le retrouvent aux confins des 100 km autorisés. Car il a pris soin d’imprimer le cercle légal de son expédition sur le site CalcMaps. Reste plus qu’à embrasser sa famille une dernière fois, en lui jurant qu’il reviendra, sans pour autant minimiser la part de risque inhérente à toute campagne extrême.

Le syndrome de l’escargot

C’est vrai qu’après deux mois de promiscuité, un voyage de deux heures en solo ressemble à une traversée du Ténéré suivi d’un exil aux îles Kerguelen. L’ex-confiné souffrirait-il du syndrome de l’escargot ? Cette curieuse pathologie transforme le baroudeur en un pauvre petit être fragile qui ne souhaite qu’une chose : se recroqueviller dans la coquille qui l’a hébergé pendant deux mois. Il ne veut surtout pas affronter le monde cruel des masques, de la queue devant les magasins et de la distanciation sociale. Le héros d’hier est devenu le pleutre d’aujourd’hui qui transpire, l’œil rivé sur Waze qui lui indique le temps et le kilométrage jusqu’à la limite fixée par la loi.

Corvette C5 : une version off-road involontaire.
Corvette C5 : une version off-road involontaire.


C’est donc un GPS qui lui dicte sa loi et ses limites. Mais il n’en a pas toujours été ainsi, ni dans la vie, dans les essais automobiles. Il y a très très longtemps, au temps d’avant le numérique, le test d’une auto se déroulait pourtant presque comme aujourd’hui : deux essayeurs à bord d’une auto ont une destination routière à atteindre qui peut se trouver à 50, 100, voir 200 km. Avec une appli correcte, ou un système embarqué même de qualité moyenne (il y en a), l’équation se résout les doigts dans le nez, ou, plus prudemment, les mains sur le volant. Mais à cette époque préhistorique, l’itinéraire était indiqué sur du bon vieux papier, sur un parchemin appelé « road-book ». Ceux qui l’ont rédigé ce jour-là étaient-ils facétieux ? Celui qui le lisait, en l’occurrence votre serviteur était-il myope ? Si le premier cas est plausible, le second est certain.

Le bitume ? Un accessoire pas indispensable

Toujours est-il que cet après-midi-là, au sud de l’Espagne, sur les terres arides de l’Andalousie, perdu au beau milieu de nulle part sur une ligne droite totalement déserte, le déficient oculaire était le passager d’un confrère qui appréciait la voiture du jour : une Chevrolet Corvette C5. Nous jetterons un voile pudique sur le fait qu’il était persuadé que le V8 de 5,7L et 345ch était capable de dépasser les 272 km/h de la fiche technique, pour revenir à la petite route, plutôt gaillardement attaquée cet après-midi-là. « T’es sûr que c’est par là ? », s’inquiète le pilote. Évidemment, que j’en étais sûr. Nous voilà continuant, plutôt très rapidement, sur la route rectiligne et plutôt parfaitement enrobée. Jusqu’à cette montée qui masquait totalement le paysage d’après. Et après, il n’y avait subitement plus rien, plus de route, plus de bitume, mais une espèce de champ totalement désertique et totalement plat. Les aléas administratifs font parfois qu’il suffit d’un changement de comté ou de département pour les travaux soient arrêtés, net. Et c’est ce qu’il s’est passé à cet endroit-là. La Corvette n’est pas un tout-terrain, mais la petite centaine de mètres effectués dans l’herbe sèche de ce terrain plat, et un freinage ultra-progressif du conducteur, n’ont pas produit le moindre dégât sur les soubassements de l’Américaine. Seule la poussière qui recouvrait l’auto trahissait d’une légère tentative d’off-road. Évidemment, la suite du voyage s’est effectuée à vitesse d’escargot, bien avant le syndrome lié au confinement.

Le maquis corse, ses odeurs, ses paysages et, parfois, ses chasseurs.
Le maquis corse, ses odeurs, ses paysages et, parfois, ses chasseurs.


Un road-book hasardeux est-il préférable à un GPS malicieux ? Difficile de répondre. Car sur cet autre essai, d’une auto japonaise qui s’est déroulé en Corse, le système de guidage était formel : « veuillez tourner à gauche ». Soit. Sauf que la route avait une fâcheuse tendance à se réduire et le bitume avait une furieuse manière de disparaître pour céder sa place à une herbe fraîche. Tiens, voilà que, sur le bord de ce qui n’était déjà plus un ruban d’asphalte, se tient un groupe de chasseurs. Leur fusil est « cassé », ce qui signifie qu’il est ouvert et ne présente aucun risque. Ce qui signifie surtout que les chasseurs n’ont aucune prétention belliqueuse. Ce n’est pourtant pas ce que leur visage nous inspire lorsqu’ils nous suivent des yeux, d’un regard suffisamment explicite pour nous signifier que nous sommes sur leur terrain, que nous faisons trop de bruit et qu’on a intérêt à déguerpir fissa. C’est fou ce qu’un simple regard jeté à la va-vite peut être expressif. Un kilomètre plus tard, c’est le cul-de-sac. Visiblement, le GPS s’est planté. Demi-tour obligatoire. Sauf qu’il faut repasser devant nos amis les chasseurs. Ils nous ont vus arriver de loin. Mais c’est à notre approche que les quatre hommes réarment leur fusil comme un seul. Visiblement, la guerre froide qu’ils nous signifiaient à l’aller est en train de se réchauffer au retour. Le bruit de notre moteur étant susceptible de faire fuir le gibier qu’ils taquinent, ils nous signifient leur désaccord. Le passage en voiture le long du groupe armé n’a duré que quelques secondes, mais dans la mémoire des deux essayeurs du jour dans leur voiture japonaise, il fut aussi long que le confinement.

Les chasseurs n’ont pas ouvert le feu et la Corvette n’y a vu que du feu. Mais si le déconfiné qui a vécu ces incidents avec une légèreté étonnante, considère comme un exploit d’avoir entrepris, et réussi sans encombres, ses 100 km d’escapade, c’est que le monde a quelque peu changé.

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