Enquête – Pollution, industrie, économie : le point après un mois de confinement

Il y a exactement un mois que la France a tiré le frein à main. Depuis le 17 mars à midi, et selon les dispositions d’un décret publié au Journal Officiel détaillant les mesures de confinement, les Français sont assignés à domicile afin de faire barrage à la propagation du Covid-19.

Et en un mois, c’est fou ce que les choses ont pu changer dans le monde automobile. Qu’il soit question d’environnement, d’économie, d’industrie ou de sécurité routière (liste non exhaustive), on n’imagine pas à quel point cette crise sanitaire a rebattu les cartes, pour mieux esquisser – on l’espère – les contours du monde de demain.

Pour mesurer l’étendue des changements, inutile de sortir de chez soi. Le simple fait de se poster à la fenêtre permet de mesurer la qualité du silence ambiant, qu’accompagnent les chants de volatiles souvent inaudibles en temps normal.

Jusqu'à 80% de baisse d'activités dans certaines stations service.
Jusqu’à 80% de baisse d’activités dans certaines stations service.


C’est un fait, le trafic routier est en chute libre. L’union Française des Industries pétrolières (UFIP) évoque ainsi une consommation de carburant en baisse de 75 à 80% sur les dix derniers jours de mars dans certaines stations, alors même que les cours du pétrole sont au plus bas (moins de 30 $ le baril, soit moins de la moitié du début d’année): “Nous sommes en face de chiffres historiques, mais nous poursuivons notre objectif de sécurité d’approvisionnement pour tous nos clients, notamment les professions médicales et sanitaires et celles du transport routier de marchandises, qui, plus que jamais, comptent sur nos produits”, commente Olivier Gantois, Président de l’UFIP.

Les chiffres recoupent parfaitement ceux de Waze, le GPS communautaire aux 14 millions d’utilisateurs dans le pays, qui précise qu’« en France, l’un des nombreux pays à avoir été touchés de manière significative par l’épidémie, le nombre de trajets a chuté de 83 % » (par rapport aux données enregistrées au mois de février). Constat identique du côté du TomTom Traffic Index, qui faisait part fin mars d’un trafic parisien inférieur à celui enregistré dans le creux du mois d’août.

Cela se retrouve aussi sur le nombre de contrôles radars, logiquement en baisse même si on ignore le nombre d’infractions immortalisées chaque jour. Sachant toutefois que les forces de l’ordre ont pour consigne de ne plus recourir aux 900 radars automatiques embarqués, cela influe directement sur les statistiques de P-V. Il est en effet impossible actuellement de procéder à une bonne maintenance desdits radars, et les policiers et gendarmes ont de toute façon d’autres missions à remplir actuellement.

Le trafic baisse plus que la pollution

On pourrait penser qu’à cette baisse historique du trafic correspond une réduction de la pollution de l’air tout aussi spectaculaire. C’est hélas plus compliqué que cela. Selon des cartes publiées jeudi par l’Agence spatiale européenne, les concentration de dioxyde d’azote (NO2), polluant produit principalement par les véhicules et les centrales thermiques, auront chuté de 54% à Paris (et environ 48% à Madrid, Milan et Rome) entre le 13 mars et le 13 avril comparé aux moyennes enregistrées en mars/avril 2019.

Pour autant, on constate que du 17 mars au 17 avril, l’indice Airparif qui mesure la pollution en Ile-de-France aura fait état de 12 journées de « pollution moyenne »! Un chiffre pour le moins étonnant avec un trafic automobile quasi-nul, realité que même Anne Hidalgo et ses alliés n’auraient imaginée  dans leurs rêves les plus fous.

Pour Airparif, si l’on assiste bien à une baisse du dioxyde de carbone (CO2), gaz à effet de serre, à laquelle s’ajoutent des émissions réduites de plus de 60% pour les oxydes d’azote, la baisse reste peu visible pour les particules (PM10 et PM2,5) : « peu d’impact a été constaté pour les particules qui sont issues de davantage de sources et pour lesquelles la diminution du trafic n’a pas compensé l’augmentation liée au chauffage résidentiel et au maintien des activités agricoles, conjugués à une météorologie printanière favorable à la formation de particules observée dans plusieurs régions avoisinantes », commente l’organisme.

Cette carte de l'Agence spatiale européenne montre l'évolution des concentrations de dioxyde d'azote au-dessus de l'Europe entre la mi-mars et la mi-avril: -54% au-dessus de Paris !
Cette carte de l’Agence spatiale européenne montre l’évolution des concentrations de dioxyde d’azote au-dessus de l’Europe entre la mi-mars et la mi-avril: -54% au-dessus de Paris !


Bien sûr, le phénomène s’étend au-delà du bassin parisien. Atmo-France, entité regroupant 18 Associations de Surveillance de la qualité de l’air à travers le pays, explique d’ailleurs qu’ « à part le trafic routier, toutes les autres sources d’émissions polluantes sont globalement maintenues ».

Et Atmo-France d’ajouter que « les émissions industrielles diminuent aussi de manière plus ou moins marquée selon les secteurs d’activité, mais persistent. Les émissions liées aux épandages agricoles printaniers (fumier/lisier et engrais azotés) sont à leur niveau habituel. Il en va de même pour le chauffage les jours froids, et pour le brûlage de déchets verts (interdit), qui sont des sources importantes d’émissions de particules fines. Enfin, concernant la circulation maritime dont le trafic est ralenti, des émissions persistent au niveau des ports et en zone côtière. »

Bref, si cette crise sanitaire a une vertu, c’est celle de situer l’automobile à son véritable niveau de responsabilité en matière de pollution : indéniable, bien réelle, mais seulement partielle. Puisse le discours écologiste en tenir compte à l’avenir (on peut rêver).

L’industrie en sous-régime

Et nos constructeurs, dans tout cela ? Il faut les imaginer comme des voitures de course sur une ligne de départ, donnant des coups d’accélérateurs rageurs avant une extinction des feux qui se fait trop longtemps attendre à leurs yeux.

85% de l''appareil industriel français est actuellement au point mort.
85% de l”appareil industriel français est actuellement au point mort.


On les comprend un peu, avec un marché en baisse de 72% le mois dernier (soit -34% sur les premier trimestre, et avril s’annonce plus catastrophique encore) et un appareil industriel à l’arrêt à 85% selon les chiffres de la Plate-Forme Automobile (PFA) qui représente les intérêts du secteur.    « Le redémarrage progressif de l’activité va devenir vital pour l’industrie automobile. Chaque jour qui passe, avec un appareil industriel à l’arrêt, amplifie les risques qui pèsent très lourdement sur le tissu industriel et sur l’emploi au coeur de nos territoires. », plaide Luc Chatel, à la tête de la PFA.     « Aujourd’hui, l’enjeu est de faire face, de front, à une crise sanitaire et à une crise économique. Nous devons gagner simultanément sur ces deux fronts et, pour le secteur automobile, gagner la bataille du redémarrage de l’appareil industriel constitue désormais en enjeu d’intérêt national et suppose un engagement fort des pouvoirs publics. » «L’automobile est à moins 80% d’activité, l’aéronautique quasiment à l’arrêt, la sidérurgie à moins 80%. (…) Cela ne peut pas durer très longtemps. Sans quoi nous allons nous retrouver demain face à une série de faillites», renchérit Philippe Darmayan, président de l’Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM) qui représente 42 000 entreprises et 1,5 million d’emplois en France.

De fait, certains s’apprêtent à redémarrer. A l’image de Toyota, qui va partiellement relancer la production dans son usine de Valenciennes à compter du mardi 21 avril.

Au programme, une seule équipe de jour pendant deux semaines avec des horaires aménagés : « l’objectif des premiers jours sera pour les salariés de prendre connaissance des mesures sanitaires mises en place, de se former au respect strict de ces mesures et de s’habituer à ce nouvel environnement. Des améliorations pourront être apportées pendant cette période de reprise qui doit permettre de prendre confiance sur l’efficacité du protocole mis en place », précise Toyota dans un communiqué.

 85% des salariés de l'usine Toyota de Valenciennes auraient confirmé leur disponibilité pour une reprise qui devrait permettre de fabriquer 1 500 véhicules par semaine, soit autant qu'une journée en temps normal (image d'archive).
85% des salariés de l’usine Toyota de Valenciennes auraient confirmé leur disponibilité pour une reprise qui devrait permettre de fabriquer 1 500 véhicules par semaine, soit autant qu’une journée en temps normal (image d’archive).


Des carburateurs aux respirateurs

Du côté des groupes PSA et Renault, on se prépare à une reprise en douceur à l’approche du 11 mai, même si aucune date n’a encore été officiellement communiquée. En attendant, nos fleurons industriels auront appris un nouveau métier : celui de fournisseur de matériel médical. Dans son usine de Poissy (Yvelines), PSA, en partenariat avec Air Liquide, Valeo et Schneider Electric, a mis en place une unité de production d’éléments mécaniques destinés à des respirateurs artificiels.

Production d'éléments pour respirateurs artificiels à l'usine PSA de Poissy: « l'objectif est de livrer 4 500 unités d’ici la fin avril, et le solde au 15 mai. ».
Production d’éléments pour respirateurs artificiels à l’usine PSA de Poissy: « l’objectif est de livrer 4 500 unités d’ici la fin avril, et le solde au 15 mai. ».


« Il est apparu que l’assemblage des blocs centraux des respirateurs est de type mécanique, et c’est là-dessus qu’Air Liquide rencontre des difficultés. De notre côté, nous avons les compétences permettant une augmentation de la production », commente Yann Vincent, Directeur Industriel & Supply Chain du groupe PSA. Cinquante salariés sont affectés à cette production, et une autre cinquantaine de salariés est mise à disposition d’Air Liquide sur son site d’Antony (Hauts-de-Seine) pour les assemblages et contrôles finaux : « L’objectif est de livrer 4 500 unités d’ici la fin avril, et le solde au 15 mai. »

Précisons que Renault, dans son Technocentre de Guyancourt, se consacre au même objectif, avec une partie de son équipe de F1, en partenariat avec Michelin et ST Microelectronics.

Si les constructeurs ont baissé le rideau, nombre d’indépendants et artisans de l’automobile continuent de travailler, contribuant ainsi à favoriser la mobilité des Français qui en ont besoin, au premier rang desquels le personnel soignant. Pour trouver les enseignes ouvertes, le CNPA (ou Conseil national des professions de l’automobile, qui représente 142 000 entreprises de proximité et 500 000 emplois) a notamment lancé l’application « Roulons Zen » visant à géolocaliser les 5 500 professionnels de l’automobile qui continuent de travailler. A cela s’ajoute la plate-forme Selene, mise en place par la Fédération nationale de l’automobile (FNA), qui recense 4000 professionnels ouverts.

En revanche, nombre d’événements sont reportés, quand ils ne sont pas purement et simplement annulés. Des 24 heures du Mans au Mondial de l’automobile, on ne compte plus les communiqués annonçant des modifications de calendrier. Pour tenter d’y voir plus clair, nous vous renvoyons d’ailleurs à ce récapitulatif qui, hélas, devrait connaître encore de nombreuses mises à jour.

Côté ALiExpress Maroc, enfin, rien ne change ou presque. Les essais de nouveaux modèles sont bien sûr reportés sine die, mais l’actualité du monde automobile reste suffisamment riche pour alimenter votre site préféré. D’où les bonnes audiences qui continuent d’être réalisées, et pour lesquelles nous vous remercions. A bientôt sur la route !

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